Entre l’océan Pacifique et les forêts pluviales, les Premières Nations de la côte nord-ouest de l’Amérique ont développé, au fil des siècles, des sociétés d’une exceptionnelle richesse culturelle, spirituelle et politique. Façonnées par un environnement naturel hors du commun et par de vastes
réseaux d’échanges, ces communautés ont donné naissance à des modes de pensée originaux, à des structures sociales complexes et à un art puissant, peuplé d’êtres mythiques et de récits fondateurs.
En présentant leur remarquable patrimoine matériel et immatériel, l’exposition invite à découvrir l’histoire et les traditions de ces sociétés, notamment le potlatch, système d’échanges et d’alliances structurant les relations entre nations, clans et villages. Profondément bouleversées à partir du 18e siècle par l’expansion coloniale et la mondialisation, ces cultures n’en demeurent pas moins porteuses d’une vitalité et d’une créativité toujours vivantes.
La voix des masques
L’exposition s’ouvre sur l’univers des masques, dont les voix portent les récits, les croyances et les identités des peuples de la côte nord-ouest du continent américain et d’ailleurs. Dans de nombreuses cultures, les masques permettent d’exprimer la conscience humaine. Ils véhiculent, par l’intermédiaire de leur voix, des valeurs ancestrales, des convictions spirituelles et des aspects de leur identité. Derrière ce second visage posé sur le premier, les humains s’effacent afin de laisser place aux émotions, au sacré et aux considérations politiques et sociales.
Les premiers humains
Le contexte écologique de la côte nord-ouest de l’Amérique se caractérise par une richesse exceptionnelle de milieux naturels, qu’ils soient marins, fluviaux ou terrestres. Cette région se distingue notamment par ses vastes forêts de cèdres géants, ses ressources issues des littoraux, ainsi que par une mer particulièrement riche, habitée par une grande diversité de mammifères marins.
C’est dans ce décor naturel grandiose que s’installent les ancêtres des Premières Nations actuelles, s’adaptant à ce milieu naturel riche, et favorisant l’émergence, il y a plus de mille ans, du schéma culturel qui les distingue. Ce contexte participe au développement d’un art peuplé d’êtres prodigieux qui expliquent l’origine du monde et donnent un sens à la vie, à la mort et aux forces qui régissent l’univers. Souvent représentés sous la forme d’êtres-esprits, ces sujets sont les ancêtres reconnus des lignages les plus prestigieux et les premiers pourvoyeurs de privilèges et de droits ancestraux.
Les animaux, les motifs et les signes qui représentent ces êtres obéissent à des règles stylistiques précises, partagées par de nombreux groupes. Cette iconographie couvre presque toutes les surfaces et se retrouve inscrite aussi bien sur la peau que sur les vêtements et les coiffes, sur les murs des maisons, sur les mâts héraldiques, sur les flancs des canots et sur nombre d’objets, aussi bien rituels qu’utilitaires.
Rencontres et bouleversements
Hormis quelques jonques japonaises échouées, qui expliquent la présence de fer chez certains groupes, l’arrivée documentée des premiers individus étrangers dans la région débute hypothétiquement avec l’incursion du corsaire et explorateur britannique Francis Drake (1579). Elle se poursuit avec la venue des Russes (Vitus Bering, 1741), des Espagnols (Juan Pérez, 1774), des Anglais lors du troisième et funeste voyage du capitaine James Cook (1778), et des Français avec Jean-François de La Pérouse à bord de La Boussole et de L’Astrolabe (1786).
Les premières présences européennes dans la région ne sont pas à interpréter comme des entreprises d’exploration. Ces dernières, qui visaient à « découvrir le monde », étaient largement achevées au cours du siècle précédent. Dans la région, les Russes, les Espagnols et les Anglais participent par la traite des fourrures, au premier grand processus de mondialisation entre l’Europe, l’Amérique et la Chine.
Le parcours de…